Dix chapelles qui racontent la Haute-Saône autrement
28 septembre 2026 · La rédaction de Sortir en Bourgogne-Franche-Comté · Haute-Saône
En Haute-Saône, les chapelles ne sont pas de simples édifices religieux : elles marquent les paysages, abritent des histoires oubliées ou deviennent des repères pour les amateurs d’art et de patrimoine. Certaines se cachent au creux d’un vallon, d’autres dominent des villages entiers, et quelques-unes ont traversé les siècles en gardant intacte leur singularité. Voici dix d’entre elles, choisies pour ce qu’elles révèlent du territoire, bien au-delà de leur fonction première.
1. Chapelle Sainte-Anne, Brotte-lès-Ray
Ici, le gothique flamboyant ne se contente pas d’orner les pierres : il se déploie en une voûte de bois en croisée d’ogives, une rareté qui transforme l’espace intérieur en une sorte de dentelle sculptée. Le bois, travaillé avec une précision presque artisanale, contraste avec l’austérité des murs extérieurs et donne à cette petite chapelle une atmosphère à la fois intime et théâtrale. On y vient moins pour prier que pour lever les yeux et découvrir comment un matériau modeste peut rivaliser avec la pierre.
2. Chapelle de Saint Colomban, Sainte-Marie-en-Chanois
Perchée sur un rocher abrupt, cette chapelle doit son existence à un moine irlandais du VIIe siècle qui cherchait un lieu de retraite loin des hommes. Le site, aujourd’hui encore, respire l’isolement : on y accède par un sentier qui serpente entre les blocs de pierre, comme si le paysage lui-même protégeait le souvenir de Colomban. Rien de spectaculaire dans l’architecture, mais une présence forte, presque physique, qui lie le visiteur à cette quête de silence et de nature sauvage.
3. Chapelle Saint-Hubert, Chauvirey-le-Châtel
Construite pour abriter un olifant – cette corne légendaire associée à saint Hubert –, la chapelle joue la carte du flamboyant avec une élégance discrète. Les nervures des voûtes s’entrelacent sans ostentation, et les vitraux, bien que modestes, filtrent la lumière de manière à mettre en valeur la relique, comme si l’architecture n’était qu’un écrin. Le lieu ne se donne pas d’emblée : il faut franchir le seuil pour comprendre que l’histoire qu’il raconte est celle d’une dévotion presque intime, loin des grands pèlerinages.
4. Chapelle Sainte-Reine, Vellexon-Queutrey-et-Vaudey
Cette chapelle gothique du XVIe siècle a connu plusieurs vies : d’abord ermitage pour des moines camaldules, puis refuge pour des ermites de Saint-Jean-Baptiste, avant de tomber dans l’oubli jusqu’à sa restauration en 1997. Ce qui frappe, c’est la manière dont elle s’accroche à son chevet, comme si elle refusait de quitter le vallon où elle a été édifiée. À l’intérieur, l’espace est dépouillé, presque brut, et c’est cette simplicité qui en fait un lieu de pèlerinage encore vivant, où l’on vient autant pour la vue sur la campagne environnante que pour le calme qu’elle impose.
5. Chapelle des Carmélites, Gray
Transformée en dépôt départemental d’art sacré en 1978, cette chapelle du XVIIe siècle est devenue un lieu où se croisent histoire et conservation. On n’y trouve pas de fresques ou de sculptures monumentales, mais des objets religieux sauvés de l’abandon : des statues en bois polychrome, des ostensoirs ternis par le temps, des ornements liturgiques brodés à la main. Chaque pièce raconte une paroisse, un village, une dévotion locale, et la chapelle elle-même, avec ses murs nus et son acoustique particulière, sert de cadre neutre pour mettre en valeur ces fragments de mémoire collective.
6. Chapelle Saint-Claude de Raucourt, Roche-et-Raucourt
Intégrée à une maison forte, cette chapelle du XVIe siècle est un lieu où se superposent les époques : des pierres tombales classées, un confessionnal en bois sombre, et des fragments de dalles funéraires qui affleurent sous les pas. Ce qui surprend, c’est la manière dont l’édifice a été préservé au fil des siècles, comme si les habitants avaient toujours su qu’il était le dernier témoin d’un passé seigneurial. À l’intérieur, on se sent à la fois dans un lieu de culte et dans un musée improvisé, où chaque objet semble attendre qu’on lui redonne une histoire.
7. Chapelle de l’ancien collège des Jésuites, Gray
Cette chapelle du XVIIe siècle, rattachée à un collège devenu lycée, est un exemple rare d’architecture religieuse insérée dans un cadre scolaire. Son intérêt ne réside pas dans son décor – sobre, presque sévère –, mais dans la manière dont elle a traversé les siècles sans perdre sa fonction première. Aujourd’hui encore, elle sert de lieu de rassemblement pour les élèves, et cette continuité en fait un lieu à part : une chapelle qui n’est ni tout à fait un monument, ni tout à fait un lieu de culte, mais un espace où se mêlent savoir et spiritualité.
8. Église Saint-Martin et son cimetière, Faucogney-et-la-Mer
Perchée à 600 mètres d’altitude, cette église et son cimetière offrent une vue plongeante sur la vallée, comme si le lieu avait été choisi pour dominer le paysage. La nef, reconstruite au XVIIIe siècle, est précédée d’un auvent qui sert de narthex, une particularité architecturale qui donne à l’ensemble une allure à la fois rustique et solennelle. Le cimetière, quant à lui, est un lieu de mémoire à ciel ouvert, où les tombes anciennes côtoient des stèles plus récentes, et où l’on vient autant pour le panorama que pour le silence qui y règne.
9. Faucogney-et-la-Mer, cité de caractère
Si Faucogney-et-la-Mer n’est pas une chapelle à proprement parler, son histoire est indissociable de son patrimoine religieux. La ville, ancienne place forte, a conservé des traces de son passé médiéval, et ses ruelles étroites mènent invariablement vers des édifices sacrés qui racontent son importance stratégique. Ici, les chapelles ne sont pas des lieux isolés : elles font partie d’un ensemble plus large, où chaque pierre, chaque porte cochère, chaque tour d’enceinte rappelle que la foi et le pouvoir ont longtemps marché main dans la main.
10. Chapelle Notre-Dame-du-Haut, Ronchamp
Impossible de clore ce classement sans évoquer Ronchamp, où Le Corbusier a réinventé la chapelle comme un objet sculptural posé sur une colline. Ici, pas de vitraux traditionnels, mais des ouvertures irrégulières qui découpent la lumière comme un couteau, et des murs courbes qui semblent défier la gravité. Le lieu attire autant les pèlerins que les amateurs d’architecture, et c’est cette dualité qui en fait un monument à part : une chapelle qui est aussi une œuvre d’art, un lieu de recueillement qui est aussi un manifeste esthétique. On y vient pour voir, pour toucher, pour ressentir – et pour comprendre comment un édifice peut à la fois servir et transcender sa fonction.
Pour en savoir plus
- Chapelle Le Corbusier, Ronchamp
- Chapelle de Saint Colomban
- Chapelle Saint-Claude de Raucourt
- Chapelle Sainte-Reine
- Ancien college des jesuites
- La Chapelle Saint-Hubert
- Faucogney-et-la-mer, Cité de caractere Bourgogne-Franche-Comté
- Chapelle des carmelites
- Chapelle Sainte-Anne
- Eglise Saint Martin et cimetiere