Huit pas en Haute-Saône : un itinéraire pédestre qui sort des sentiers battus
31 août 2026 · La rédaction de Sortir en Bourgogne-Franche-Comté · Haute-Saône
La Haute-Saône se traverse à pied comme on feuillette un livre d’histoire à ciel ouvert : chaque détour révèle une page différente, entre mémoire des lieux, géologie discrète et paysages qui changent au rythme des saisons. Voici huit boucles où la marche devient prétexte à comprendre le territoire, plutôt qu’à simplement le traverser.
1. Le Pré d’Oro – Amage
Ici, les collines ne sont pas seulement des points de vue, mais des archives. Le sentier franchit les crêtes qui séparent le Breuchin du Raddon, et sous les hêtres centenaires, on devine encore les caches des maquisards. Les panneaux rappellent les noms des groupes de résistance qui s’y sont repliés, transformant une simple balade en leçon d’histoire locale. Le panorama sur les Vosges, au loin, n’est pas un décor : c’est la récompense après l’effort de la montée, comme si le paysage se méritait.
2. Circuit la Fontaine des Ormois – Soing-Cubry-Charentenay
La fontaine des Ormois, édifiée en 1780, n’est pas qu’un lavoir parmi d’autres : ses deux bassins ovales, l’un pour abreuver, l’autre pour laver, racontent une organisation sociale où chaque geste avait sa place. Le circuit longe les lavoirs de Soing et Cubry, mais c’est la source elle-même, captée sous un petit édicule de pierre, qui intrigue. L’eau y coule en permanence, et le chemin qui en part bifurque entre deux boucles, comme pour rappeler que même les itinéraires les plus modestes offrent toujours un choix.
3. Le Rochenoz – Faucogney-et-la-Mer
Le départ depuis l’office de tourisme est une astuce : on évite ainsi la route pour plonger directement dans la forêt des Mille Étangs. Le sentier serpente entre les hêtres et les sapins, mais c’est au Rochenoz que tout bascule. Le belvédère, taillé dans le roc, offre une vue plongeante sur Faucogney, avec son église Saint-Martin qui domine le bourg. Le panorama n’est pas spectaculaire au sens alpin du terme, mais il a cette qualité rare : il donne l’impression de survoler un territoire à taille humaine, où chaque détail – le clocher, les toits, les étangs au loin – se lit comme une carte postale vivante.
4. Des Monts Durand aux Pierres-de-Roûge – Fougerolles-Saint-Valbert
Fougerolles est célèbre pour ses cerisiers en fleurs, mais cette randonnée révèle une autre facette du territoire : son patrimoine bâti, disséminé le long des sentiers. Les ruisseaux, les vergers et les calvaires en pierre se succèdent sans logique apparente, comme si le paysage avait été composé au fil des siècles par les habitants eux-mêmes. Les Pierres-de-Roûge, ces blocs de grès rougeâtres, ajoutent une touche géologique inattendue, rappelant que la Haute-Saône est aussi une terre de contrastes minéraux.
5. Randonnée « Entre Chêne et Chânois » – Nantilly
La Soufroide, cette petite rivière qui traverse Nantilly, est le fil conducteur de cette randonnée modulable. Deux boucles s’offrent aux marcheurs, mais c’est la plus longue qui surprend : elle alterne entre zones humides, où les aulnes bordent l’eau, et coteaux secs, où les chênes dominent. Le village lui-même, avec ses maisons en pierre et ses ponts de pierre, semble sorti d’un autre temps. Le nom de la randonnée, « Entre Chêne et Chânois », n’est pas une formule poétique : il décrit exactement ce que l’on voit, comme si le paysage avait dicté son propre intitulé.
6. Via Francigena – Champlitte
La Via Francigena n’est pas une randonnée comme les autres : c’est un chemin de pèlerinage médiéval, balisé depuis Canterbury jusqu’à Rome. En Haute-Saône, le tronçon qui traverse Champlitte suit les pas de Sigéric, archevêque de Canterbury, qui l’emprunta en 990. Le sentier, large et bien entretenu, longe des champs et des bois, mais c’est l’histoire qui donne sa profondeur à la marche. Les panneaux explicatifs rappellent que ce chemin était une artère vitale du Moyen Âge, reliant les royaumes du nord aux terres italiennes. Marcher ici, c’est moins admirer un paysage que s’inscrire dans une continuité millénaire.
7. Le Domaine Nordique – La Montagne
Le Domaine Nordique de La Montagne n’est pas réservé aux skieurs : en été, ses pistes se transforment en sentiers de randonnée, offrant une vue dégagée sur les Mille Étangs. L’altitude, modeste mais suffisante, permet d’embrasser du regard un territoire où les forêts et les plans d’eau se mêlent en une mosaïque changeante. Le lieu a quelque chose de brut, comme si la nature y reprenait ses droits après l’hiver. Les marcheurs y croisent parfois des traces de la faune locale – empreintes de chevreuils ou de sangliers –, rappelant que ce domaine est avant tout un espace sauvage, même s’il est aménagé pour les loisirs.
8. Boucle cyclable n°3 – Les Champs – Frotey-lès-Lure
Cette boucle, conçue pour les vélos, se parcourt aussi à pied, à condition d’aimer les horizons ouverts. Le parcours, très facile, traverse les champs du Pays de Lure, où les cultures alternent avec les prairies. Rien de spectaculaire ici, mais une forme de sérénité : le paysage est plat, presque minimaliste, et le temps semble suspendu. Les panneaux indiquent les noms des parcelles et des fermes, comme pour ancrer la marche dans le quotidien des habitants. C’est une randonnée qui ne cherche pas à impressionner, mais à offrir un moment de calme, loin des sentiers plus fréquentés.