Huit sites de défense à explorer dans la Nièvre, du plus discret au plus chargé d’histoire
28 septembre 2026 · La rédaction de Sortir en Bourgogne-Franche-Comté · Nièvre
Dans la Nièvre, les pierres racontent des siècles de stratégie et de pouvoir. Certains lieux ont gardé leurs remparts, d’autres ne montrent plus que des cicatrices, mais tous portent la marque de ceux qui ont voulu s’y protéger — ou en prendre le contrôle. Voici huit sites où l’architecture militaire se révèle, du plus méconnu au plus célèbre.
1. Vieux Château de Moulins-Engilbert
Une façade solitaire, presque fantomatique, qui domine un jardin suspendu : voilà tout ce qui reste de la châtellenie des Comtes de Nevers. Le portail restauré en 2013 laisse deviner l’ampleur de l’édifice disparu, mais c’est l’absence qui frappe ici. Le lieu se visite comme une énigme, où les herbes folles et les pierres usées racontent mieux que des murs intacts ce qu’était un château féodal.
2. L’échauguette de Decize
Ce ravelin triangulaire, seul vestige des fortifications du 16e siècle, doit son existence à un épisode brutal : le pillage de la ville par des mercenaires italiens. Les échevins de Decize, échaudés, ont fait construire cette avancée défensive pour surveiller l’approche des ennemis. Aujourd’hui, l’échauguette se dresse comme un rappel concret de la vulnérabilité des villes à la Renaissance, et de leur réponse architecturale.
3. Château d’Arthel
Ici, la défense se cache dans les détails. Les douves sèches enserrent le château au sud, mais c’est au nord que le système défensif se révèle : cinq terrasses successives, dont une avec un labyrinthe de buis taillés, conçues pour ralentir l’assaillant. Les allées de tilleuls plantés vers 1700-1710 encadrent une approche méthodique, presque géométrique, de la protection. Un château où la guerre se lit dans l’organisation des jardins.
4. Château de Villemolin
Perché sur une colline qui abritait autrefois une villa romaine, Villemolin est un exemple rare de demeure fortifiée du 15e siècle encore habitée. Les murs épais et les tours trahissent sa vocation défensive, mais c’est la chapelle, inscrite dès 1978, qui intrigue : elle témoigne d’une époque où la foi et la fortification allaient de pair. Le site, à deux pas de Vézelay, offre une vue dégagée sur les alentours — un atout stratégique qui n’a pas échappé à ses bâtisseurs.
5. Château de Passy-les-Tours
Quatre tours rondes aux angles d’un carré de 50 mètres de côté : le plan est simple, mais efficace. Construit à la fin du 14e siècle, ce château privé impressionne par sa symétrie et sa massivité. Les tours, autrefois équipées de mâchicoulis, dominent encore les environs, et leur silhouette se reflète dans les douves. Un modèle de château fort médiéval, où chaque pierre semble calculée pour résister aux assauts.
6. Château des Bordes
Ce château des 15e, 16e et 17e siècles a une particularité : ses écuries royales, conçues pour accueillir les chevaux de la Reine. La tour Jeanne d’Arc, le grand escalier intérieur et les cheminées monumentales rappellent son faste, mais c’est l’adaptation constante du lieu — de la forteresse à la résidence — qui le distingue. Les murs de soutènement et les jardins, eux aussi protégés, montrent comment la défense a cédé la place à l’apparat.
7. Château de la Montagne
Un hameau entier de 25 hectares, avec plus de vingt bâtiments protégés : le château de la Montagne est une exception. Perché sur les contreforts du Morvan, ce site hors norme mêle fermes, dépendances et logis dans un ensemble clos, comme une petite cité fortifiée. Les murs épais et les portes cochères trahissent une volonté d’autonomie et de protection, bien au-delà d’un simple château. Un lieu où l’on comprend que la défense, ici, était une affaire collective.
8. Château de Bazoches
Vauban l’a choisi pour sa position : à mi-pente d’une colline boisée, en visibilité directe avec Vézelay. Acquis en 1675 grâce à une gratification de Louis XIV, le château du 12e siècle est devenu le laboratoire du célèbre ingénieur militaire. C’est ici qu’il a conçu ses plans de fortifications, transformant une forteresse médiévale en un outil de guerre moderne. Les murs de Bazoches portent encore la trace de ce basculement : entre héritage féodal et génie stratégique.